L’Essentiel du Rachis – Quand le mental pèse sur le dos

L’Essentiel du Rachis est de retour. Depuis 2023, Corset Daum consacre régulièrement L’Essentiel du Rachis aux publications scientifiques concernant le rachis.

Ce mois-ci, nous explorons le lien entre santé psychologique et lombalgie chronique.

En Belgique, les deux premières causes d’incapacité de travail de longue durée sont précisément celles-là. Ces deux réalités ne sont pas indépendantes — elles s’influencent mutuellement, et les recherches récentes commencent à en expliquer les mécanismes.

À travers plusieurs sources récentes, découvrons quelle proportion de patients est réellement concernée, ce que l’imagerie cérébrale révèle, quelle approche thérapeutique montre les résultats les plus durables, et ce que ce lien représente concrètement à l’échelle du pays.

Un patient lombalgique chronique sur trois, soit 2,4 fois plus que la population sans douleur

Rachel V. Aaron, Scott G. Ravyts, Nicolette D. Carnahan, Kavya Bhattiprolu, Nicole Harte, Claire C. McCaulley, Lauren Vitalicia, Alexandria B. Rogers, Stephen T. Wegener, Joanne Dudeney

Cette méta-analyse a rassemblé 376 études, représentant 347 468 adultes vivant avec une douleur chronique dans 50 pays.

Dans le sous-groupe spécifiquement atteint de lombalgie chronique, 33,3% présentaient des symptômes dépressifs cliniquement significatifs et 32,1% des symptômes anxieux.

À titre de comparaison, ces proportions étaient de 13,9% et 16,4% dans les groupes témoins sans douleur chronique – soit environ 2,4 fois moins pour la dépression.

Deux résultats vont à l’encontre de l’intuition : ce sont les patients les plus jeunes qui présentaient le plus de symptômes, et la lombalgie se situe dans la moyenne basse des douleurs chroniques, loin derrière la fibromyalgie (54,0%).

Les auteurs soulignent une hétérogénéité très élevée entre les études, ainsi qu’une qualité méthodologique faible pour 57% d’entre elles.

Ils concluent à la nécessité d’un dépistage systématique de la santé mentale dans les structures qui prennent en charge la douleur chronique.

Ce que l'imagerie cérébrale révèle chez les patients lombalgiques déprimés

Yanqiao Zhao, Chen Gong, Pan Zhu, Suimin Guo, Yangyang Lin, Yafei Wang, Beibei Feng, Xiaochun Meng, Yuling Wang

Cette étude a comparé par IRM fonctionnelle l’activité cérébrale de trois groupes : 14 patients lombalgiques chroniques avec dépression, 25 patients lombalgiques sans dépression, et 24 témoins sains appariés.

L’intérêt de ce protocole est de distinguer ce qui relève de la douleur chronique elle-même de ce qui relève de la dépression associée.

Les patients avec dépression présentaient une activité cérébrale anormale dans le cortex préfrontal dorsolatéral droit, une région impliquée à la fois dans la régulation des émotions et dans le traitement de la douleur.

Des connexions modifiées ont également été observées entre cette région, le cervelet et le cortex orbitofrontal.

Ces altérations étaient corrélées à l’intensité de la douleur, au catastrophisme et à l’incapacité fonctionnelle, et médiaient statistiquement le lien entre dépression et douleur.

Les effectifs restent toutefois limités, en particulier dans le groupe avec dépression (14 patients), ce qui invite à confirmer ces résultats sur de plus larges cohortes.

Une approche intégrée, délivrée par des kinésithérapeutes : les résultats à trois ans de RESTORE

Mark Hancock, Anne Smith, Peter O’Sullivan, Robert Schütze, J P Caneiro, Robert Laird, Kieran O’Sullivan, Jan Hartvigsen, Amity Campbell, Deborah Wareham, Ruth Chang, Peter Kent

L’essai randomisé RESTORE, mené dans 20 centres de physiothérapie en Australie, a inclus 492 adultes présentant une lombalgie chronique invalidante.

Il a évalué la thérapie fonctionnelle cognitive (CFT), une intervention individualisée qui travaille conjointement le mouvement, le fonctionnement, ainsi que les croyances, émotions et comportements liés à la douleur.

Un point mérite d’être souligné : cette approche est délivrée par des kinésithérapeutes spécifiquement formés, et non par des psychologues – la dimension psychologique est donc intégrée à la séance de rééducation plutôt que traitée séparément.

Par rapport aux soins habituels, les participants ayant reçu la CFT conservaient à trois ans des résultats significativement meilleurs en matière d’incapacité fonctionnelle et de douleur.

Parmi les 492 personnes randomisées initialement, 312 disposaient de données à trois ans.

Ces résultats montrent qu’une intervention intégrant facteurs physiques, cognitifs, émotionnels et comportementaux peut produire des bénéfices qui persistent à long terme

En Belgique, les deux premières causes d'invalidité sont précisément celles-là

INAMI — Baromètre Retour au Travail pour les salariés

Le Baromètre Retour au Travail de l’INAMI suit l’évolution de l’invalidité chez les travailleurs salariés belges.

Au 31 décembre 2024, les troubles mentaux représentaient 38,84% des salariés en invalidité, et les maladies du système locomoteur et du tissu conjonctif 31,50%.

Ce sont les deux premiers groupes de maladies, loin devant tous les autres.

Ce sont aussi les deux qui ont le plus progressé entre 2018 et 2024, avec respectivement 54 657 et 37 545 invalides supplémentaires, soit à eux deux 81% de l’augmentation totale sur la période.

Sur ces six années, le taux d’invalidité a d’ailleurs augmenté plus vite pour les troubles psychiques (+1,04 point) que pour les maladies du système locomoteur (+0,68 point).

Ces chiffres ne démontrent pas de lien causal entre les deux catégories, mais ils situent le sujet de cette édition dans un contexte très concret pour la Belgique.

Nous nous retrouvons le mois prochain pour de nouvelles avancées sur le rachis !

nl_BEDutch